La démocratie avant tout !

Les rangs de ceux qui souhaitent transformer notre pays grandissent et nous ne pouvons que nous en réjouir. Nous ne le répéterons jamais assez, l’état de la France et le mécontentement des citoyens trouvent leur source dans une succession de mauvaises décisions parmi lesquelles la construction d’une Europe focalisée sur le libre-échange sans protection suffisante, le manque de vision des dirigeants politiques, subissant les lois de la finance concentrée sur le court terme, un recul de notre industrie, la protection timorée de notre agriculture et de notre environnement, ou encore la dégradation de nos systèmes d’éducation et de santé. La liste est en réalité trop longue pour être énumérée et justifiée ici avec exhaustivité. Cependant, parmi toutes les causes des maux de notre Etat, l’une d’entre elles doit figurer en haut du podium : l’éloignement de notre démocratie avec le peuple français. Il devient donc nécessaire que tout projet de changement commence par sa refonte.

Pourquoi ? Les faits parlent d’eux-mêmes. Si notre pays découvre trop tard les dégâts de politiques précédentes, c’est parce qu’aucun garde-fou démocratique n’est venu à leur secours. Les alertes se sont succédé, décennies après décennies, les voix se sont élevées très haut, lors du traité de Maastricht par exemple ou encore celui du referendum de 2005 sur la constitution européenne. On l’a constaté, les cris du peuple n’ont pu empêcher les pouvoirs en place de continuer leur passage en force. En cela, notre démocratie a démontré ses limites. Il ne servirait en rien de condamner les hommes, mais il s’agit plutôt de critiquer le système qui concentre les pouvoirs entre les mains d’un Président et de son gouvernement sans que le citoyen ne soit associé aux décisions pendant toute la durée du mandat présidentiel.  De leurs côtés, les parlementaires, fidèles à leurs partis, ne consultent plus les citoyens une fois élus. De ce fait, si rien n’est fait pour transformer notre organisation démocratique, quel que soit le projet de la future majorité présidentielle, aussi bien pensé soit-il, aussi altruiste soit-il, aussi social et écologiste soit-il, aussi français soit-il, son heure de gloire ne sera que temporaire. Comme par le passé, les victorieux s’empareront de l’outil étatique pour donner vie à leur projet avec l’autorité que leur confère le suffrage universel. D’un autre côté, lobbies et instances financières ou supranationales feront à nouveau pression sur les responsables politiques, et certains d’entre eux cèderont. Peu conscients de la faiblesse de ce système, nombreux de nos concitoyens cherchent dans de Gaulle, Napoléon Bonaparte ou d’autres, l’inspiration pour construire le monde de demain. Malheureusement une personne seule ne peut pas sauver la France et les français. Elle finira toujours par commettre les mêmes impairs qui résultent d’un pouvoir représentatif vertical. Les systèmes renferment en eux-mêmes les causes de leurs effondrements. Or les français tiennent à une véritable démocratie plus transversale et participative qui permettra de construire une nation plus solidaire, plus souveraine et plus résiliente.  Dans une étude menée par l’Association des Maires de France [i], on constate que plus de deux tiers des français sont favorables à une démocratie plus décentralisée. Après plusieurs siècles à s’émanciper, le peuple découvre peu à peu que la liberté n’est rien sans la responsabilité.

Le moment est peut-être venu pour passer à un stade de maturité supérieur et à imaginer une nouvelle organisation qui permette d’inverser le mode de gouvernance, pour une participation continue des citoyens aux décisions qui régissent notre pays. Ce chantier ambitieux pourrait par exemple puiser sa source au sein des communes et de conseils de citoyens régionaux pour ensuite remonter vers l’Exécutif. Certains détracteurs pointent du doigts le manque de disponibilité des français pour la politique mais le numérique permet aujourd’hui d’être consulté sans mobiliser un temps colossal. Le programme présidentiel ne serait pas celui d’une minorité mais celui d’un consensus de la majorité des français. Idéalement, tout candidat pour les élections de 2022, devrait porter comme seul projet celui de la réforme démocratique, car comment connaître au préalable les attentes des français alors qu’un nouveau système, basé sur la participation continue des citoyens, n’est pas encore en place. Sans attendre une échéance électorale, de nombreuses évolutions intermédiaires peuvent être envisagées et en voici quelques exemples. Réorganiser le financement des campagnes présidentielles pour que les électeurs puissent soutenir financièrement à part égal leur candidat pour garantir l’équité entre citoyens, comme le propose Julia Cagé[ii]. Reconsidérer le vote des lois par les députés en fonction des directives transmises par leurs propres électeurs, y compris ceux qui n’ont pas voté pour eux, ou par des conseils de citoyens qui les représentent, plutôt que par des consignes de partis ou des lobbies comme le défend Janet Biehl[iii]. Donner plus de pouvoir aux maires plutôt qu’à l’Etat ou aux communautés de communes non élues.

La liste des réformes à accomplir est longue pour que notre démocratie devienne plus citoyenne et le défi ne sera pas sans embûche car le système actuel est beaucoup plus confortable pour les puissances financières et les idéologues. Mais soyons confiants dans cette orientation citoyenne ! Le mouvement est en route avec l’émergence des budgets participatifs et des Civic Tech qui permettent de construire les politiques locales sur la base d’un collectif. Ces signaux qui caractérisent en partie notre époque esquissent la possibilité de nations futures, qui ne se bâtiraient pas « contre » une pensée ou un groupe d’individus mais avec l’ensemble des français, inspirées bien plus par le bien-être des individus que par les points de PIB. C’est sans doute ce message, que nous, citoyens, devons soutenir, répéter et relayer pour que notre pays se transforme.


[i] Site web de l’AMF : www.amf.asso.fr

[ii] « Le prix de la démocratie, Julia Cagé, Editions Gallimard, 2019

[iii] « Le municipalisme libertaire, Janet Biehl, Editions Ecosociété, 2013

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