Pourquoi le film « Hold-up » est dérangeant ?

Ce documentaire, lancé aujourd’hui, produit et réalisé par Pierre Barnérias, donne la parole à une série de spécialistes qui expriment leurs avis sur la gestion de la pandémie ou les mensonges de ceux qui dirigent le pays. Même si le documentaire décrit certaines réalités, son traitement est très dérangeant dans cette période où tout le monde doute de tout. En effet, le film présente une série de tendances, largement connues, qui ne sont pas sans impact sur l’avenir de notre société. Parmi elles, on trouve les mouvements transhumanistes ou les adeptes d’un gouvernement mondial, le manque d’indépendance des médias, la corruption, la création de virus dangereux au sein de laboratoires, ou encore le pouvoir de l’intelligence artificielle et de la collecte de données sur nos libertés. Ces sujets sont évoqués successivement, sans contradicteurs pour débattre des thèses avancées, dans une atmosphère qui tétanise le spectateur plutôt qu’elle ne le réveille, le tout dans une narration dont le but apparaît rapidement en filigrane.

Car le projet des auteurs est clair : il s’agit d’alimenter une thèse selon laquelle nous serions victimes d’un hold-up, sous entendu un complot, une fatalité. Un peu comme si un réalisateur avait décidé de mettre en avant tous les désastres environnementaux en laissant sous-entendre que des grandes puissances se sont liguées pour détruire notre planète. Le récit tombe vite dans une facilité, mélangeant pleins de sujets, plutôt que de réaliser une description des causes qui expliquerait la situation actuelle de notre pays. Or, il est tout de même important de rappeler que tout ce qui existe dans notre société est le fruit de nos choix ou de nos délégations. Oui l’indépendance de la presse pose question. Mais lorsque nous continuons d’acheter un quotidien ou de regarder une chaîne de télévision qui appartient à un groupe privé soutenant des hommes politiques, nous participons au maintien des idéologies portées par ceux qui détiennent le pouvoir. Oui la démocratie doit progresser. Mais quand nous limitons notre acte démocratique aux élections présidentielles et législatives, nous acceptons de déléguer pendant cinq ans nos choix aux nouveaux élus, sans contrôle, sans s’assurer qu’ils vont dans le sens qui nous convient. Au-delà de rendre coupable un hyper pouvoir qui aurait planifié à l’avance la crise actuelle, ce documentaire occulte toute responsabilité de citoyens, comme si le ciel nous était tombé sur la tête.

Si les crises doivent nous apprendre quelque chose, c’est bien qu’il y a moyen d’imaginer notre avenir autrement, et chacun d’entre nous a un rôle à jouer. La récente convention citoyenne pour le climat montre qu’il est possible de transformer notre démocratie pour une plus grande participation des individus et ce n’est qu’un point de départ. De nombreuses actions sont en cours dans les communes pour accroitre la participation des administrés dans les orientations qui régissent leur quotidien. Mais au lieu d’espérer une société meilleure, les auteurs préfèrent se positionner en victime. Quand des décisions nous semblent absurdes, questionnons les comportements, pointons les erreurs et agissons. Mais à quoi bon imaginer qu’une main invisible serait aux commandes pour nous inféoder, si ce n’est d’alimenter un sentiment fort d’impuissance ou de révolte. En regardant ce film, comme peut-être d’autres, je me suis interrogé sur la folie collective qui serait en train de grignoter notre pays , tant dans les hautes sphères du pouvoir, face à certaines mesures incompréhensibles et le manque de débat, que dans ceux qui considèrent être les victimes d’un complot. Depuis que l’humanité existe, la liberté est à conquérir et à chaque fois que nous agirons en consommateur plutôt qu’en acteur, nous subirons ce que décide quelques-uns. Mais ce n’est pas une fatalité. Des individus ont le pouvoir et l’exerce, c’est comme cela depuis toujours.

La démocratie a été longue à conquérir mais elle est loin d’être aboutie pour que chacun puisse en permanence y participer. De nombreuses transformations doivent être apportées pour renverser les modes de décision de la base vers le haut et non l’inverse. Si nous pensons qu’il est venu le temps d’imaginer un autre avenir pour notre humanité, charge à chaque citoyen de se saisir de la question politique plutôt que de la déléguer. En cette période de confinement, alors que la population est suffisamment tétanisée, certains tentent visiblement de rendre confus la réalité aux moyens de propos basés sur l’imaginaire. Certes, ça fait le buzz, c’est tendance, mais c’est franchement irresponsable. Quand il fait sombre, cherchons de la lumière et repensons à notre capacité collective de transformer notre présent plutôt que d’accepter la théorie d’un hold-up. Préférons les faits et la raison, à la victimisation et aux extrapolations.

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