Pro ou anti-nucléaire ? N’est-il pas temps de sortir de ce débat ?

Depuis l’installation des premières centrales nucléaires en France, l’énergie de l’atome suscite de nombreuses divisions face aux risques induits, tant sur l’environnement que sur la santé des français. Alors qu’il nous faut relever au plus vite les défis écologiques et lutter contre le dérèglement climatique, doit-on abandonner cette industrie ou au contraire la soutenir et la développer ? La question continue de diviser dans notre pays. Face à l’urgence climatique, ne faudrait-il pas décider de clore ce débat et définir une route pérenne et acceptée par tous ?

Pour réfléchir sereinement sur ce sujet, il nous faut d’abord nous accorder sur les priorités, en identifiant très clairement les menaces qui se dressent devant nous. Trois axes majeurs se démarquent. Le réchauffement planétaire est sans aucun doute l’enjeu principal, étant donné que les effets d’une hausse des températures au-dessus de 2°C seraient catastrophiques sur tous les plans : au niveau social, environnemental et politique. Le temps compte et cette crise nous incite à imaginer des solutions décarbonées. L’autre phénomène important réside dans l’augmentation du prix de l’énergie. Dans la décennie à venir, il pourrait croitre de 50%. Il nous faut donc mettre en œuvre des réponses appropriées pour garantir un coût acceptable, indispensable à notre économie et la vie des citoyens. Enfin, la question de l’indépendance énergétique constitue un élément clé. Dans la perspective d’un monde dominé par des visions impérialistes, la France et l’Europe ne pourront survivre qu’en s’attachant à préserver un mixte énergétique relativement diversifié, afin de ne pas subir d’éventuelles pressions des fournisseurs de matières premières. En conclusion, trois critères devront orienter nos choix technologiques : le faible impact en CO2, un prix concurrentiel et une mosaïque énergétique diversifiée.

Au-delà d’une plus grande sobriété énergétique, l’action la plus efficace face aux enjeux climatiques, plusieurs solutions s’offrent à nous pour faire face aux besoins en énergie électrique. Ces dernières années, les énergies renouvelables ont prouvé leur capacité à afficher des tarifs attractifs et leur impact carbone est relativement faible. En revanche, la fabrication des éoliennes et les panneaux solaires requièrent l’importation de matériaux dits « rares ». Par ailleurs, les adeptes du nucléaire pointent du doigt leurs limites, notamment celle liée à l’intermittence de la production d’électricité. Face à l’émergence des véhicules électriques, l’atome ouvre aussi des perspectives intéressantes de par son bilan carbone. D’un autre côté, les travaux de recherche initiés dans cette filière, notamment avec la fusion nucléaire, pourraient représenter une opportunité future. Néanmoins, de nombreux défenseurs des énergies renouvelables dénoncent les problèmes de sécurité et l’impact environnemental des déchets. Tout comme ses alternatives renouvelables, cette industrie dépend des pays étrangers pour l’approvisionnement de l’uranium. Vraisemblablement aucune de ces solutions n’est idéale. Or, les divisions persistent et empêchent de déterminer des routes robustes et constantes pour dresser un mixte énergétique.

Les uns demeurent convaincus que des mesures focalisées sur la sobriété énergétique et les énergies renouvelables parviendront à relever seules les défis à venir, sans tenir des comptes de l’avis des plus sceptiques, peu confiants dans notre capacité à réduire notre consommation, dans des délais compatibles avec l’urgence climatique. Les autres revendiquent le maintien d’une forte proportion d’énergie nucléaire, sans que l’on puisse obtenir toute la transparence sur les prix ou encore la sureté nucléaire. Le récent licenciement de Christine Fassert, spécialiste de la catastrophe de Fukushima, de l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire, ne rassure pas les citoyens qui ne disposent que des journaux pour se faire un avis. Au milieu de ce débat constant, le pays n’affiche aucun cap clair alors que nous sommes ici en présence d’éléments techniques et financiers parfaitement modélisables. Les positons dogmatiques demeurent de part et d’autre alors qu’il devient indispensable de se positionner pour que les investissements soient déployées de manière logique, dans le sens des trois critères évoqués. En tant que citoyen, nous ne pouvons pas nous satisfaire de cette situation, là où des éléments factuels devraient nous permettre de trancher en faveur d’un scénario acceptable.

L’urgence climatique doit nous pousser à sortir de cette opposition qui en devient stérile et irresponsable vis-à-vis des générations futures. Soit l’énergie nucléaire demeure une solution stratégique pour notre avenir et il faut sans doute investir beaucoup plus que nous ne le faisons. Soit il nous faut admettre son déclin comme source de production d’électricité, avec un accompagnement dans la reconversion de la filière.  Dans tous les cas, il nous faut définir un chemin stable pour les gouvernements successifs. Une politique énergétique ne peut fluctuer au rythme des élections, comme c’est le cas depuis plusieurs mandats présidentiels. Elle se pense sur plusieurs décennies sans quoi nous affaiblissons notre pays. La crise économique actuelle, au cours de laquelle il nous faut dépenser notre argent le mieux possible, nous invite donc à mettre tout le monde autour de la table pour définir une feuille de route validée par tous, experts, représentants politiques et citoyens. Tous guidés par la lutte contre le dérèglement climatique, le maintien de coûts acceptables et l’indépendance énergétique, abandonnant les positions dogmatiques. Un responsable politique prendra-t-il cette initiative raisonnable et urgente ?

Add Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

fr_FR
fr_FR