François Bayrou, une prise de position nécessaire mais insuffisante ?

Mardi 26 janvier 2021, Nicolas Demorand et Léa Salamé recevaient François Bayrou sur France Inter. Plusieurs sujets ont été abordés et certains méritent que l’on s’y attarde car ils touchent précisément à l’avenir de la France après la pandémie. Or, nous n’aurons pas le droit à l’erreur si nous voulons que le pays s’en sorte économiquement et que la démocratie soit préservée.

Le remboursement de la dette COVID, reporter ou annuler ?

Au cours de l’interview, le Haut-Commissaire au plan est interrogé sur l’augmentation de la dette. Assez naturellement, il recommande de focaliser la dépense publique en lien avec les impacts du COVID, pour éviter l’explosion des coûts de fonctionnement de l’Etat. Néanmoins, il rappelle que cet endettement fut possible en raison de la mise en place d’une « économie de guerre ». Même si l’engagement financier initié pendant cette crise sanitaire doit être salué, car il permet d’aider les entreprises, il est erroné de soutenir que des financements équivalents n’auraient pas pu être libéré avant la pandémie. Après la crise de 2008, les gouvernements successifs ont suivi la politique d’austérité de Bruxelles, alors qu’une minorité rappelait, sans être entendu, qu’il fallait d’abord investir pour rembourser la dette ensuite. Or, des visions s’opposent encore aujourd’hui sur cette question. De nombreux économistes, banquiers et politiques défendent le fait de devoir rembourser la dette COVID dès la reprise de l’économie. François Bayrou a un avis plus raisonnable, proposant de reporter son remboursement, lorsque la France aura retrouvé une meilleure santé financière. D’autres comme Alain Grandjean, Directeur de la Fondation Hulot, ou Gaël Giraud, économiste, recommandent d’annuler la dette, afin de continuer à emprunter pour financer la transition écologique. Cette dernière option semble la plus responsable face au dérèglement climatique. L’invité de France Inter balaye cette éventualité en invoquant le fait que plus personne ne voudra prêter à la France. Rappelons ici qu’il s’agirait d’annuler une dette octroyée par la Banque Centrale Européenne, et non par des banques privées. Par conséquent, cet argument ne tient pas. Cette question de la dette est fondamentale pour préparer l’avenir et freiner les inégalités à l’origine de nombreuses tensions au sein des nations européennes. Ne refaisons pas la même erreur qu’après la crise de 2008, et investissons sur le futur !

La proportionnelle, une solution pour préserver la démocratie ?

Sans ambiguïté, l’ancien candidat à la présidentielle défend la proportionnelle : « Il est malsain que des dizaines de millions de français ne soient pas représentés ». Contrairement à certains élus LREM, comme Christophe Castaner, qui ne veulent pas voir arriver des députés du Rassemblement National, François Bayrou soutient l’idée d’une meilleure représentation des citoyens. Il est important, selon lui, que tous les courants politiques, dont certains sont soutenus par un français sur quatre, puissent intervenir dans la marche du pays. Alors que cette réforme était une promesse d’Emmanuel Macron, ce rappel à ses engagements est bienvenu. La démocratie connaît une crise et la proportionnelle permettra sans aucun doute d’améliorer la représentativité. Au cours de l’interview, en l’absence de réforme sur ce sujet, le Haut-Commissaire au plan s’insurge : « Pendant ce temps, le pire, on invente des comités tirés au sort, dont on ne connaît pas les membres, dont on ne connaît pas les idées, et on les met sur les mêmes pieds que la représentation nationale parlementaire ». Malheureusement, l’homme politique, comme d’autres avant lui, caricature ici le tirage au sort des citoyens. Tout d’abord, il est inapproprié de prendre la Convention Citoyenne comme exemple de démocratie participative, alors que le temps imparti, pour décider de mesures engageantes, était fortement réduit. Par ailleurs, une participation du citoyen ne s’improvise pas. Elle se prépare sérieusement, avec la mise en place de chambres permanentes qui auraient tout à fait le temps de développer une expertise et des compétences. Par exemple, le Sénat pourrait être composé de citoyens tirés au sort, tout en respectant une représentativité sociale et professionnelle de ses membres, formés pour l’exercice de leur mission. Sans surprise, rien n’est pas prévu à ce jour pour poursuivre l’implication du citoyen au niveau national. Or, le rejet des français pour la politique n’est pas lié uniquement à la sous-représentation de certains partis à l’Assemblée Nationale. Ils ont besoin de s’approprier les choix qui impactent leur vie. Les enjeux actuels nous poussent à prendre en compte cette attente. Le dérèglement climatique, avec un besoin de résilience devant être pensé tant localement que globalement. La croissance des inégalités et la désindustrialisation, sujets cruciaux pour lesquels des idées existent en région. Face au repli sur soi des individus et à la polarisation des points de vue, accentués par les réseaux sociaux, une démocratie plus participative et locale doit être engagée, en passant par la mise en place d’assemblées citoyennes locale et nationale, composées de membres tirés au sort, ayant le temps de consulter les différents acteurs de la société, de décider des nouvelles lois et de contrôler leur application. Pour endiguer l’afflux de positions dogmatiques, les français doivent se rencontrer, apprendre à débattre et à déterminer des chemins en commun. La démocratie citoyenne offre la capacité à créer des échanges et à nourrir un collectif, développons-là ! 

La réduction de la pression de l’endettement public, au travers notamment de l’annulation de la dette portée par la BCE, et la refonte de la démocratie constituent donc deux sujets fondamentaux pour bâtir la France du 21ème siècle. D’un côté, l’argent devra être disponible, dépensé avec rigueur mais de manière ambitieuse, sans austérité à court terme. De l’autre les citoyens devront être mis à contribution au sein d’une institution plus transversale, où la verticalité doit être un mode dégradé, une exception décidée par tous, pour gérer une crise inhabituelle et de courte durée. Notre époque nous invite à nous réinventer, à penser autrement notre société. A l’approche des présidentielles, espérons que l’idée fera son chemin dans l’esprits des représentants politiques !

Add Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

fr_FR
fr_FR