Comment Nicolas Sarkozy caricature la démocratie citoyenne ?

Comment Nicolas Sarkozy caricature la démocratie citoyenne ?

Le 4 septembre 2020, l’ancien Président participe au forum des entrepreneurs à Marseille. Un des participants l’interroge sur la gestion de la crise sanitaire et, sans réellement répondre à la question, il s’inquiète de la disparition des organisations verticales au profit de l’ horizontalité, cette dernière étant responsable, selon lui, de la situation actuelle.

Alors que l’entreprise doit se transformer pour être plus collaborative, en renforçant l’autonomie de ses salariés et en leur permettant de participer à la gouvernance, dans le but de répondre aux attentes des générations à venir, de relever les défis futurs et d’augmenter leur résilience, Nicolas Sarkozy préfère faire l’éloge d’un leader « qui tire les autres, qui prend des coups pour les autres, qui montre la voie« . En plus d’être une négation des mutations de notre époque, sa définition du leadership est très réductrice. Une vision très sacrificielle du leader. Il omet que les organisations, basées sur l’autonomie des personnes et l’esprit d’équipe, ça fonctionne ! Les organisations, dans laquelle un groupe, et non un individu, prend des coups et dessine la voie, ça fonctionne ! Un bon leader est garant de la vision, construite collectivement, en revanche, l’action est menée par une équipe. Par ailleurs, les leaders, dont parle Nicolas Sarkozy, tirent souvent leurs idées et leurs impulsions des équipes qui les entourent. S’il était encore parmi nous, Steve Jobs pourrait en témoigner. Un Président de la République, lui-même, puisent ses idées et ses actions de ces proches collaborateurs. Beaucoup de leaders ont aussi besoin d’user de leur pouvoir, laissant penser qu’ils seraient à l’origine de tout, souvent d’un tempérament caractériel, subissant leurs angoisses, les poussant à vouloir tout maîtriser eux-mêmes grâce à un management directif. Ce leadership-là entraîne bien des dégâts, qu’ils soient humains ou systémiques. Alors, non, nous ne vivons pas une crise du leadership, c’est simplement une certaine forme de leadership qui est rejetée, et c’est une chance, pour les nouvelles générations. Et dans le fond, il ne s’agit pas d’opposer la verticalité et l’horizontalité. Face aux urgences, à d’éventuels dangers et à certaines crises, une organisation plus verticale peut s’avérer nécessaire temporairement. Le reste du temps, l’organisation horizontale se montre bien plus efficace, pérenne et novatrice.

Alors qu’il existe un formidable élan pour promouvoir la participation des citoyens à l’exercice démocratique, comme cela fut le cas pendant les élections municipales, Nicolas Sarkozy y voit un nivèlement par le bas. Face à la défiance des citoyens pour la politique, les diagnostics diffèrent. Pourtant les français, à plus de 70%, désirent la mise en place de budgets participatifs. Depuis longtemps, ils désirent aussi aller plus loin dans la lutte face au réchauffement climatique. La mise en place d’une Convention Citoyenne pour le Climat, conséquence d’une succession de pétitions et de manifestations, en est l’illustration. Selon Nicolas Sarkozy, une poignée de leaders saurait mieux que le peuple ce dont il a besoin, pour ainsi lui montrer la voie ? Dans son élocution, il fustige le tirage au sort : « Quand on va à l’hôpital, je demande pas qu’on réunisse le personnel et qu’on tire au sort celui qui va m’opérer « . On ne pouvait pas imaginer plus grosse caricature, c’est dire si la menace d’une participation citoyenne est grande. En pleine crise sanitaire, des visions du monde s’opposent. D’un côté, le néolibéralisme, c’est à dire l’adaptation des citoyens à un progrès décidé par quelques-uns, de l’autre la démocratie participative, une construction collective de l’avenir. La deuxième alternative serait une lourde perte de l’emprise qu’avaient les gagnants de la Révolution Française de 1789, ayant volontairement choisi le mode électoral, qui privilégie les « plus aptes » aux commandes de la machine d’Etat. De ce fait, l’avènement du tirage au sort au cœur du système électoral, initié dans le cadre de la Convention Citoyenne pour le Climat, inquiète. Pourtant, la transformation de notre démocratie n’implique pas l’abandon total du mode électif, qui permettrait de choisir les plus motivés au sein des assemblées citoyennes, elles-mêmes tirées au sort. Par ailleurs, l’adoption du tirage au sort ne se ferait pas sans une refonte de nos institutions, avec une formation des nouveaux représentants, pour qu’ils soient à même de travailler. Dans ce sens le Sénat pourrait être remplacé par une chambre composée de citoyens. Enfin, cette démocratie participative donnerait plus de moyens aux communes, par lesquelles le système pourrait se réformer et instaurer une plus grande confiance dans la politique. Les français le souhaitent.

Le 21ème siècle nous donne ainsi l’occasion de repenser complètement nos institutions tandis que de nombreux politiques souhaitent profiter de la situation pour renforcer la verticalité et l’autorité de l’Etat. Les français, plus formés, ont évolué et souhaitent prendre part aux débats politiques et se saisir de leur avenir. Une chance pour certains, une menace pour d’autres. De la même manière, l’humain peut prendre les commandes au sein des entreprises, tandis que les instances financières les serviront, plutôt que de les asservir. Une chance pour certains, une menace pour d’autres. Une bataille politique forte va donc se jouer entre ces deux tendances et l’élection présidentielle de 2022 sera sans aucun doute une occasion pour chacun de défendre sa vision de l’avenir. J’espère alors que les projets de démocratie participative et la constitution d’entreprises plus justes et plus humaines l’emporteront !

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