La vérité se construit. Elle se bâtit sur un socle de consensus, sur une connaissance partagée du réel. La vérité, c’est notre corde de rappel. Elle nous aide à sortir des conflits, à nous confronter honnêtement à nos oppositions. Elle est ce sol commun sur lequel une société peut encore se tenir debout, débattre, se comprendre. Et pourtant…
Nous baissons les bras. Comme si tout se valait. Comme si l’avis valait la preuve, l’émotion valait la raison, et la rumeur valait la science. Nous reléguons la hiérarchie des savoirs au placard. Nous cédons, souvent au confort de la démocratie, aux facilités des propagandes qui flattent nos colères. Mais si nous abandonnons la vérité, si nous confions tout crédit à nos émotions, alors, chaque jour, nous semons les graines d’un totalitarisme de l’opinion — un système qui ne peut être contredit, car il justifie tout moyen au nom de ses fins.
La vérité, elle, ne s’impose pas. Elle se cherche. Elle s’approche. La vérité est un cap à suivre, une étoile que nous ne touchons jamais, mais vers laquelle nous avançons. Et c’est pour cela qu’elle est magnifique. Parce qu’elle est un chemin, plus qu’un statut. Un itinéraire, plus qu’un drapeau planté.