Nos existences filent au rythme des émotions, ces courants invisibles qui dessinent nos jours, déplacent nos certitudes, bouleversent nos rivages. Souvent, nous ne les voyons pas passer, emportés par la vitesse du monde.
Et pourtant…
Elles sont là. Aussi distinctes que la tranquillité d’un étang au matin, que l’inquiétude d’un lac sous la morsure du vent, que la colère d’un océan secoué par la tempête, ou l’obstination des ressacs contre la pierre.
Elles sont la gaieté des ruisseaux courant le long des sentiers de montagne, la témérité d’une cascade avant le grand saut, la mélancolie d’une pluie glissant sur les feuilles, la fougue d’un torrent qui refuse d’être freiné, et la jalousie d’un fleuve face à l’affranchissement de son affluent.
Nous sommes faits de ces eaux mêlées, de ces flux et reflux qui façonnent nos paysages intérieurs.
La vie coule à flot en nous.
Et lorsque nous apprenons à l’observer — et à l’accepter, vraiment — nous cessons d’en être les passagers : nous en devenons les capitaines.