Sur notre planète, nous avons exploré toutes les terres, parcouru toutes les mers. L’explorateur pourrait se sentir démuni. Pourtant, il subsiste un îlot devenu presque inaccessible dans certaines régions du monde : celui du silence.
Le silence, denrée rare et précieuse, est en voie de disparition, sans que personne ne s’en préoccupe, comme si l’humanité avait besoin du bruit pour se protéger et s’accepter.
Car le silence n’est pas qu’une absence, il est un état. D’angoisse, de rejet ou de domination pour certains. Alors, le silence est maudit, une anomalie à museler. Un état de tranquillité, d’introspection ou d’inspiration pour d’autres. Et il devient une quête désirable.
Mais le silence s’écourte, s’abolit sans ultimatum, dans l’indifférence générale.
Pourtant, le silence est notre précieux allié. Celui qui permet l’existence, car nous n’existons vraiment que dans le silence de l’autre. Celui qui élargit notre conscience, car nos pensées peinent à émerger dans le brouhaha. Celui qui suscite la surprise, celle qui naît d’une gêne, d’un embarras, d’une timidité. Celui qui éveille l’amour, car le sentiment ne peut jaillir que de l’écoute. Celui qui nourrit notre connexion à la nature, car, sans le silence, il devient impossible d’entendre le chant d’un oiseau ou les pas d’un chevreuil.
Le silence est aussi l’ami de l’ouïe et de l’esprit, leur offrant le repos si utile à la clarté. En délaissant le silence, nous, adeptes du bruit en toute circonstance, réelle ou virtuelle, risquons de nous abandonner à la folie des cris et des algorithmes.
Au lieu de nous projeter dans un monde où le silence serait confiné à l’abri dans des parcs, à l’instar des espèces protégées, ou dans des espaces infréquentés, si nous prenions conscience que le silence, comme l’air qu’on respire, ne se monnaye pas, ne se négocie pas ?
Aujourd’hui, nous daignons souvent donner au silence une seule minute, après une disparition, un désastre. Et si nous envisagions d’en faire un soutien du quotidien qui se substituerait aux sollicitations incessantes ? Un coach sans connexion, sans notification, sans réponses toutes faites, sans impulsion à l’action.
Alors, oui, le silence n’est pas un ami facile. Il n’est ni poli ni complaisant. En revanche, il est une porte vers l’être, vers soi et, en ce sens, il nous empêche de déléguer notre intelligence : il nous contraint à la faire émerger de l’intérieur. À l’heure où nous pouvons déléguer toujours davantage de notre intelligence, la quête du silence pourrait bien devenir l’un des moyens de ne pas nous effacer.