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21 JUIL. 2025
J’ai rêvé aux silencieux lucides et modérés.

J’ai rêvé aux silencieux lucides et modérés.

Cette nuit, j’ai rêvé aux silencieux lucides et modérés. Ceux qui se taisent tout en pensant à distance plutôt que de prophétiser. Ceux qui désirent être eux-mêmes plutôt que s’identifier ou représenter pour exister. Ceux qui cherchent l’estime de soi plutôt que la considération de l’autre. Ceux qui refusent la compromission contre un soupçon de réputation.

Ceux qui portent le courage chevillé au corps, sans le ternir en paroles futiles ou inefficaces, et le conservent comment un trésor précieux dont ils sauront se servir. Ceux qui aiment la liberté, le respect, l’entraide, l’action, la diversité ou la quiétude bien plus que l’obstruction, l’invective, l’égocentrisme, les effets de manche, le communautarisme ou le brouhaha.

Ceux qui se soucient de la différence entre les faits et leur interprétation. Ceux qui connaissent les problèmes sans les manipuler pour polariser les opinions. Ceux qui savent que les réponses simplistes sont un leurre. Ceux qui peuvent encore identifier un sachant et reconnaître leur propre ignorance.

Ceux qui distinguent croyance et savoir. Ceux qui cherchent la vérité sans imaginer un jour la détenir. Ceux qui admettent que l’opinion est une idée non étayée tandis qu’une pensée exige un recours rigoureux aux faits et à la connaissance.

Ceux qui observent les spectacles médiatiques et sensationnels comme un jeu dangereux sans détenir les ressorts pour sevrer les joueurs addictés.

Ceux qui font la différence entre la quête démocratique et la noyade totalitaire et sauront se réveiller face à ceux qui les mettent dos à dos ou, pire, promeuvent la seconde au dépend de la première. Ceux qui mesurent l’importance des influences et des prosélytismes, en tout point de la société, sans adhérer pour autant à la théorie des complots systématiques ou à grande échelle.

Ceux qui adhérent toujours au progrès sans donner un blanc-seing à toute forme d’innovation. Ceux pour qui le spirituel est une affaire privée tout en souhaitant donner du sens à la vie et de l’éthique en toute action. Ceux qui pensent que l’éducation devrait transmettre tous les savoirs sans omettre la connaissance de soi et la construction de la responsabilité individuelle et collective.

Ceux qui consentent à un besoin de radicalité sans oublier les principes de réalité et de cohabitation. Ceux qui appellent à la sobriété et sont accusés de faire l’économie du trop. Ceux qui désirent que le monde change et le transforment à petit pas sans grandiloquence. Ceux qui aspirent à l’évolution sans gommer le passé dont ils se servent comme d’un manuel pour dessiner l’avenir.

Je pense souvent aux silencieux lucides et modérés, car ils sont nombreux, bien plus nombreux que ceux qui nous submergent de bruits assourdissants. Je les croise à tous les coins de rue, en ville ou en campagne.

Ils agissent souvent de manière souterraine, dans chaque recoin de la société civile, pour calmer les ardeurs, éteindre les braises, identifier les consensus et, si possible, coaliser.

Pourtant le monde se construit trop souvent sans eux, au rythme des plus tapageurs, des rentiers du vacarme.

Je pense souvent à eux car l’Histoire nous enseigne qu’aux instants cruciaux de l’époque, leurs voix comptent et résonnent au quintuple.

Alors, ils surgissent comme des protecteurs. Cette nuit, j’ai rêvé aux silencieux lucides et modérés qui montreraient leurs visages et viendraient comme des lucioles éclairer les ombres qui circulent trop aisément sur les écrans et dans les esprits. Cette nuit, j’ai rêvé à ces anges gardiens qui agissent lorsque nos sociétés sont chahutées de toute part…

Toujours, encore, la société a besoin des silencieux lucides et modérés.

— Ludovic Deblois