J’entends tout le soir, y compris le bruit de ma mémoire. J’entends tout le soir, y compris les clameurs de mes espoirs. J’entends tout le soir, quand mon cœur se recueille, coupable de n’avoir pas assez aimé cette vie qui le mérite tant.
J’aime ce passage incertain où tout devient plus diffus, où certaines formes nous surprennent comme si quelque chose de nouveau allait surgir dans nos vies, où le réel nous heurte, nous rappelant que la journée est terminée, qu’il nous faudra remettre à demain ce que nous n’avons pas achevé.
Au crépuscule, le soleil s’incline après avoir tout illuminé sous ses flots de photons, à l’inverse de la lune, princesse de la nuit, qui concentre les regards sur elle, donnant l’impression de toujours nous devancer, nous les Terriens qui courons après le temps.
Alors, les premières lueurs nocturnes balayent la puissance du jour. La douceur commande, les pas se font entendre. Il faut que la nuit tombe pour que l’on se sente exister. Même les arbres paraissent plus vivants. On distingue tout d’eux, comme si leurs ombres avaient été dessinées sur un mur.
Tout devient si calme, si lent. Le soir déteste les ruptures brutales. Le ciel scintille, semblant nous rassurer et nous indiquer que la lumière ne disparaît jamais.
Soudain, le bruit des voitures nous agresse, comme si, à la tombée de la nuit, nous retrouvions une âme sauvage, comme si l’obscurité nous faisait oublier la modernité. Une panne de courant et nous voilà retournés aux origines.
Les flaques d’eau se métamorphosent en miroirs, sans que l’on puisse voir leurs entrailles, préservant leurs mystères, soucieuses de se consacrer à l’intimité, loin des regards. D’ailleurs, pendant la nuit noire, quand deux corps nus s’enlacent, peut-être deviennent-ils aussi le reflet l’un de l’autre, touchés par une profondeur inaccessible.
Car, entre chien et loup, ou plutôt entre nous et soi, la pénombre nous rappelle que l’on est seul, non pas pour s’isoler, mais pour se remplir de l’énergie du silence. Quand la lumière surcharge d’images nos esprits, l’obscurité, elle, nous oblige à regarder à l’intérieur.
Des chuchotements se répandent alors : « Soyez patients, les amis, mon absence est temporaire ! À l’aube, enrichi de mes introspections, je réapparais sous la lumière, renaissant à moi-même. »